Le russe comme le chinois et l’arabe a la réputation d’être une langue particulièrement difficile. Je ne peux pas vous dire, malheureusement que c’est totalement faux.

Pour vous dire la vérité, si vous m’aviez posé cette question au début de mon apprentissage, je vous aurais sans doute dit que c’est complètement vrai. J’ai fait de nombreuses erreurs et me suis souvent piégé moi-même. Mais, avec le recul et les choses apprises en chemin, je peux désormais dire que le russe n’est pas aussi compliqué que cela. Je vous ai déjà partagé quelques-unes de mes astuces dans les articles « 9 erreurs à ne pas commettre quand on apprend le russe » et « Comment apprendre les déclinaisons d’une langue étrangère ? »

Aujourd’hui, j’aimerais que vous ayez une image globale. J’aimerais vous faire partager mon expérience.

Il était une fois un jeune homme qui rêvait de voyager. Inspiré par des récits d’aventures et les romans de Jack London. C’est seulement en l’an 2013, après avoir vécu quelques mois au Canada, que ce jeune homme se lança complètement. Mais il ne voulait pas être simple touriste, voir le monde à travers le viseur d’un appareil photo. Non, il voulait vivre pleinement l’aventure ! S’immerger complètement dans un nouveau pays. Il voulait donner de sa personne et recevoir une nouvelle culture en retour. Le volontariat allait être son mode de locomotion et l’Argentine sa destination.

Malheureusement, la bureaucratie a eu raison de ce projet. Mais n’étant pas du genre à baisser les bras, il rapporta son choix sur l’Ukraine. Un pays qui lui était alors totalement inconnu aussi bien par sa culture, que son histoire et sa langue. Il s’installa ainsi en Crimée dans la ville de Sévastopole encore ukrainienne.

Il effectua 1 an de volontariat dans un paysage mêlant accent méditerranéen, architecture grecque et rigidité militaire soviétique. Il s’immergea dans cette nouvelle culture en aidant à organiser des actions de bienfaisances, des concerts et en intervenant dans des écoles.

Au départ, le français était son outil premier de communication. Mais, ce n’était que temporaire. Il savait bien qu’on ne peut pas comprendre totalement une pièce de Tchekhov à travers la langue de Molière. Il savait bien qu’on ne peut pas complètement comprendre une nouvelle culture sans en parler la langue. Il choisit le russe, une langue parlée alors par 90 % de la population criméenne.

Malheureusement, ce jeune homme ne connaissait rien aux langues, faisait des fautes d’orthographe en français et bégayait l’anglais. Un peu comme un enfant découvrant pour la première fois le feu, il se lança tête baissée. Mais très rapidement, il se brûla. Avant son départ, ses amis lui avaient assuré qu’il suffisait de vivre dans un pays pour en apprendre la langue. Il découvrit rapidement que ce n’était pas totalement vrai.

Il n’avait jamais vraiment appris une langue, ne savait pas par où commencer. Pire encore, ce jeune homme pensait avoir une mauvaise mémoire. Il ne connaissait qu’une seule méthode pour apprendre : la torture du par cœur !

Il commença par apprendre l’alphabet cyrillique :

– En fait, c’est beaucoup plus simple que ça en a l’air. À cette vitesse je pourrai bientôt parler russe couramment ! pensait-il dans un élan d’optimisme.

Malheureusement, l’alphabet était l’arbre qui cachait la forêt grammaticale.  

– Oooh ! Pourquoi vous mettez les mots dans tous les sens ? Y’a pas d’organisation en russe ?

– Si tu commences à changer la fin de tous les mots à chaque fois que tu parles, pas sûr qu’on puisse se comprendre !

– Quoi ? Vous avez deux verbes différents pour la même signification !? Tu crois vraiment que je vais m’amuser à apprendre deux verbes à chaque fois !

– OK pause ! Je commence déjà à avoir le cerveau qui fume ! Je vais faire un tour dans le parc. Comment tu dis ça en russe ?

– Quoi ?! Vous avez plus de 11 verbes pour dire que vous allez quelque part ? Hey, je vais seulement prendre l’air, pas besoin de sortir toute ta poésie pour ça !

– En tour cas, au moins j’ai de la chance, je suis Bourguignon le roulage des « R » ça me connaît !

Malgré le choc des cultures, les premières difficultés et des jérémiades bien franchouillardes, il commença peu à peu à former ces premières phrases. Comme l’oiseau s’élance du nid, il était temps pour lui de laisser sa timidité de côté et d’engager ses premières conversations.

Ne connaissant pas encore l’amabilité des vendeuses formées à l’école soviétique,  il s’aventura dans une supérette à l’enseigne clignotante :

– Jeune homme : Здравствуйте ! / Bonjour !

– Vendeuse A : А ты смотрела фильм вчера ? / T’as regardé le film hier ?

– Vendeuse B : Какое ? / Lequel ?

– Vendeuse A : Этот фильм где играет Виктор карманов ! Le film où joue Victor Karmanof ?

– Vendeuse B :  Да. Такая хорошая история ! / Oui, quelle histoire superbe !

– Jeune homme : Здравствуйте ! / Bonjour !

– Vendeuse A : он так хорошо играет, он ещё муж Наташы ? / Il joue tellement bien, il est toujours marié à Natasha ?

– Jeune homme : Hum hum ! Здравствуйте ! Я хорошо яйца ? / Hum Hum, bonjour, je d’accord œuf ?

– Vendeuse A : Что ???? / Quoi ????

– Jeune homme : Я можно яйца / je puis-je œufs ?

—Vendeuse A : Что вы хотите от меня ??? / Qu’est-ce que vous me voulez ?

– Jeune homme : Я хорошо яйца / je d’accord œufs ?

– Vendeuse A : Что ??? Я ничего не понимаю !!!! / Quoi ? Je comprends rien !

Il était évident qu’il y avait incompréhension ! Heureusement, le jeune homme savait que 80 % de la communication passait par le langage corporel. Il mit donc tout son corps à disposition.

Tout en imitant les mouvements de la poule, il demanda :

– Яйца  ? / Oeufs ?

– Tак бы сразу и сказал / Pourquoi vous l’avez pas dit plus tôt ?

Il était fier de lui. Tout ne s’était pas passé comme prévu, mais il avait franchi la première marche d’un escalier qui peu à peu lui dévoila les clés de la langue russe.

Ce jeune homme, vous l’aurez compris, c’est moi-même. J’espère ne pas vous avoir effrayé avec ce récit. Si le russe a été aussi difficile pour moi, c’est que je n’avais aucune méthode. J’abordais cette langue comme j’aurai abordé, trompé par les lasers et l’alcool, une fille dans une discothèque de banlieue. J’étais plein d’illusions et de clichés. Mais ne vous inquiétez pas, avec le recul, je me rends compte que le russe n’est pas plus compliqué qu’une autre langue. Tout dépend de votre motivation, de votre état d’esprit et de votre stratégie.

Comme tout débutant, j’ai fait des erreurs stupides qui ont freiné mon avancée. Vous pouvez faire le choix aujourd’hui de ne pas faire les mêmes erreurs en lisant l’article : « 9 erreurs à ne pas commettre quand on apprend le russe ».

Prenez le raccourci de mon expérience, ne tombez pas dans les mêmes pièges que moi. Allez-y doucement, mais sûrement. Pratiquez encore et encore, n’ayez pas peur de faire des fautes ou d’avoir une mauvaise prononciation.

La seule façon de se lever est d’abord de tomber.

Alors, allez-y foncez, apprenez de nouvelles langues, laissez vos peurs de côté, c’est la seule véritable façon de s’immerger dans une nouvelle culture et de vivre l’aventure pleinement !